Pricipes, plans, chantier

Principe adopté

Suite au sinistre survenu en 2015 il a été nécessaire de démolir la partie restante à fin de reconstruire dans de bonnes conditions.

Après avoir pris conseil auprès d'une architecte compétente celleci nous a conseillé de créer un bâtiment désolidarisé du bâtiment existant.
Les travaux de l'été 2016 consisteront donc à conforter le bâtiment existant et à reconstruire la nouvelle école qui sera réalisée en deux tranches pour des raisons financières et des facilités d'exécution, la période propice à la construction se trouvant très réduite.
La première année sera consacrée à la reconstruction de la galerie servant d'école et des trois-pièces du rez-de-chaussée du bâtiment.

La seconde tranche permettra de réaliser l'étage avec trois nouvelles pièces et éventuellement, si cela est nécessaire, d'agrandir la galerie pour permettre d'accueillir plus d'enfants.

Il faut noter que Gérard Mure et Philippe Lacroix se sont dévoués et seront sur place pendant deux mois pour piloter et superviser la reconstruction de l'école.
Afin d'éviter les ennuis survenus lors de la première construction les fondations et la structure seront réalisées en ciment avec armature de ferraille malgré les difficultés rencontrées au Zanskar pour approvisionner ces matériaux. Un drainage et un soutènement des murs situés sur le côté nord du bâtiment seront également réalisés dans le but de réduire au maximum la poussée des terres.

les plans de l'école

 Plans de la première tranche :

Vue de profil en coupe     : télécharger fichier PDF
Vue de dessus                    : télécharger le fichier PDF
Vue de profil  du sas est  : télécharger le fichier PDF

Déroulement du chantier 2016


   Compte tenu des impératifs financiers l’opération reconstruction du bâtiment sinistré doit se réaliser en deux phases. La première phase consistait à reconstruire complètement la galerie école ainsi que les chambres attenantes à celle-ci. La seconde phase, plus modeste, est la reconstruction de l’étage situé au-dessus des chambres du rez-de-chaussée.
    Du fait des dégâts causés par le sinistre, il était hors de question de reconstruire ce bâtiment en utilisant les mêmes techniques qu’initialement. Les méthodes utilisées pour la reconstruction ont été choisies aussi à la demande des habitants de Ichar qui se trouvent aujourd'hui impuissants face aux modifications climatiques. Ils reconnaissent eux-mêmes que les méthodes traditionnelles ne sont plus adaptées aux précipitations de plus en plus abondantes. D’autre part, Amandine Lepers, architecte qui connaît très bien le Zanskar a pu donner de précieux conseils tant avant qu’après visite sur le site.
    Nous nous sommes donc orientés sur une construction avec une structure en béton armé traditionnelle constituant la partie indéformable du bâtiment. Les murs extérieurs ont été réalisés par des moellons de béton et les cloisons internes en briques de terre le tout réalisé sur place. Par ailleurs, le drainage et l’évacuation des eaux qui étaient la cause initiale du sinistre ont été pris en charge. Pour réaliser un tel bâtiment, un encadrement par des spécialistes était indispensable et ce sont nos amis Gérard Mure et Philippe Lacroix qui pendant deux mois ont assuré cette fonction sur place pour la première phase en tenant compte de l’état des lieux qu’il était difficile de juger à distance.
    Construire un tel bâtiment  à 4000 m d’altitude au Zanskar n’est pas une opération simple compte tenu de l’isolement du village de Ichar. L’approvisionnement et la logistique étaient un souci majeur.  En effet, la liste des matériaux disponibles sur place est très limitée et l’approvisionnement par camion ne peut pas se faire jusqu’au village. Ciment, fer à béton, poutres… étaient déposés au bord de la rivière et l’acheminement jusqu’au village devait se faire par cheval ou à dos d’homme,  travail épuisant compte-tenu des charges, de la dénivellation et de l’altitude.
    En ce qui concerne les maçons utilisés sur place, il s’agissait d’une dizaine d’ouvriers népalais dont deux femmes peu qualifiés qu’il fallait surveiller attentivement en permanence afin de corriger les erreurs. L’ensemble a dû se réaliser avec des outils très rudimentaires sauf quelques outils apportés par Gérard et Philippe tels que perforateur,  disqueuse et scie circulaire portables rechargeables au moyen de l’installation électrique réalisée précédemment fonctionnant à partir des batteries solaires .
    Les menuiseries internes ont été réalisées par "Chotak" (charpentier du village), sans qui, beaucoup de choses n'auraient pas été faites: toujours présent et toujours disponible avec un sourire permanent et très compétent.
    À noter qu’une équipe de scouts présente sur place a donné un sérieux coup de main à cette construction et a permis de relever les plans de ce qui existait.
   Les photos disposées chronologiquement que vous trouverez ci-après illustrent les phases de la construction à partir de mi juin jusqu’à octobre 2016.
Encore merci à Gérard et Philippe pour cette magnifique réalisation.
  Comme vous pouvez le voir, vos dons et en particulier ce don de 3500 € de dernière minute ont été utilisés à bon escient.
Merci de nous aider pour la deuxième phase à réaliser en 2017.


Voir l'album photo

Le chantier vu par Philippe lacroix


Dire en priorité combien je me suis senti tout de suite bien, comme chez moi, très bien accueilli par la famille de Gayzang et Pedma, bien au milieu de la communauté d'Ichar... On comprend pourquoi vous avez construit tout ce lien avec Ichar et combien vous avez plaisir à y retourner et à y séjourner...

Dire en priorité pour ce qui concerne le chantier lui-même la place tenue par les ouvriers népalais même s'ils nous ont donné du fil à retordre, et par nos très sympathiques scouts, dire le travail qu'ils ont réalisé.

Nayan, Gayzang avaient raison, malgré toute notre application dans la préparation de ce projet avec vous, nous n'imaginions pas les difficultés liées à l'accès, à la préparation du chantier avant notre arrivée, à la disponibilité des matériaux, à leur acheminement, à l'approvisionnement... Notre arrivée dans la nuit par le petit sentier que nous avions entrevu sur la vidéo qui nous avait été envoyée nous a tout de suite permis de mesurer l'ampleur du défi à relever. Par ailleurs, les effets de l'altitude sur les organismes ne pouvaient être découverts qu'une fois arrivés sur place ; pour sa part, Gérard en a beaucoup souffert et longtemps durant les matinées.
Tu avais également raison lorsque tu nous disais à propos du travail des népalais "Vous verrez, ce n'est pas comme chez nous..." Autant de points que nous ne pouvions mesurer qu'une fois arrivés sur place ; d'ailleurs ne dit-on pas "c'est au pied du mur qu'on voit le maçon !"

La préparation du chantier : difficile de dire si nous avions prévu trop grand en ajoutant à la fabrication des briques ciment et de terre, le démontage de la galerie et la préparation des fondations. A notre arrivée, 15 ouvriers népalais dont 13 hommes et 2 femmes pour les 10 qui avaient été demandés ! 2900 briques ciment réalisées et 1700 je crois en terre (+ 300 réalisées en fin de chantier). La galerie n'avait pas été démontée, et pour cause car les membres de Tokspo Ichar et certains villageois ne semblaient pas connaître ou comprendre le projet sur lequel nous avions pourtant cherché à bien communiquer, ou ne semblaient pas d'accord car ils avaient dû réaliser un bon mur de soutènement en briques de terre à l'arrière de la galerie. La galerie n'étant pas démontée, il n'était donc pas possible pour eux ou pour les ouvriers népalais d'attaquer la préparation des fouilles. Pour ce qui concerne l'approvisionnement du chantier, outre les briques réalisées, 30 sacs de ciment étaient sur place, et pour ce qui concerne les fers à béton, ils avaient bien été commandés et livrés mais il restait à les remonter depuis le pont.

Après avoir fait connaissance avec tout le monde, puis expliqué, montré et réexpliqué le projet de construction le lundi, nous nous sommes tout de suite mis au travail de démontage de la galerie le mardi, en sauvegardant les grandes baies avec Chotak. Ces deux journées nous ont également permis de faire le point avec Gérard sur les besoins en petit matériel et matériaux que nous sommes allés chercher ou commander à Padum dès le lendemain.

Approvisionnement, acheminement : Padum qui nous a également réservé bien des surprises par rapport à ce que nous avions pu imaginer comme ville, centre administratif du Zanskar, car finalement seuls un dépôt et un magasin étaient en capacité de nous approvisionner (d'un côté ciment, planches, poutres, chevrons, ferrailles, grillage, tôles, et de l'autre petit matériel et fournitures). 4 allers et retours à Padum auront été nécessaires, sans parler de l'approvisionnement en ciment et bois pour les fenêtres et portes, ces voyages ayant été organisés par Gayzang, Rabgay ou Chotak. Pour ce qui concerne les délais, pas simple non plus pour trouver un transporteur pour l'acheminement, et enfin près de 3 semaines de retard pour la seconde partie des planches de coffrage, les pannes, les chevrons et les tôles, retard dû à un attentat dans une caserne dans la région de Srinagar suivi de manifestations qui se sont mal terminées (plus de 30 morts au total et près de 300 blessés !). Heureusement que Pierre Odier était revenu en ville avec moi sinon nous étions sans ciment... Retard entraînant beaucoup de stress et d'inquiétude, Gérard ayant dû élaborer une toute autre progression dans la réalisation du coffrage des piliers et des chaînages.
L'approvisionnement en sable n'a jamais posé de problème, Gayzang ou en son absence Rabgay ou Chotak ont toujours fait le nécessaire auprès des horsemen.

Portage depuis le pont jusqu'au chantier : en montant nous-mêmes le premier soir jusqu'au village, nous avons tout de suite pensé à ce que représenterait le portage des matériaux depuis le pont, fers à béton par quintal (au bas mot une bonne tonne et demie au total), rouleaux de grillage (8), planches de coffrage (32+29 je crois), pannes (24 de 70 kg chacune), chevrons (30), tôles (47). L'essentiel du portage a été réalisé par les ouvriers népalais, sauf pour la dernière livraison du 28 juillet pour laquelle Gérard a eu, au vu des délais que nous avions à tenir, l'excellente idée de demander à Gayzang une participation des habitants. Les pannes, la seconde moitié des planches de coffrage, les chevrons et les tôles ont donc été montées le lendemain même par les hommes et les femmes d'Ichar ; mouvement de solidarité assez extraordinaire qui nous a vraiment émus Gérard et moi. Un Icharpa a même réalisé 4 voyages de pannes à lui tout seul ! Gayzang, Chotak et Pedma étaient aussi dans le coup, et il me semble que Pedma a réalisé 4 voyages de chevrons en une journée, mais elle ne sentait plus ses épaules le lendemain ! Un voyage représentait pour les ouvriers népalais 3 heures à 3 heures 30 de portage pour les fers à béton, 2 heures à 2 heures 30 pour les planches. J'ai moi-même réalisé 4 voyages mais pour des petites charges (rouleaux de fil de fer, clous, canalisations, isolant), et j'ai pu mesurer ce que cela pouvait représenter en terme d'efforts à réaliser et à tenir, et de souffle !

Réalisation des travaux : un point qui appartient bien sûr à Gérard. Je préciserai toutefois que faute de chaînages tout faits, la fabrication de plus de 700 anneaux de chaînage aura été nécessaire ! Pour ce qui concerne la réalisation du gabion, il nous aura fallu 10 journées, sachant que nous avons dans le même temps réalisé la tranchée de canalisation des eaux de fonte ou de pluie, posé le regard et la canalisation elle-même, utilisé tous les débris de ciment de l'ancienne galerie, tous les cailloux de proximité, et cassé les énormes blocs restés sur place.

Rapport avec la population locale durant les travaux : contrairement à ce que tu pensais, nous avons vu beaucoup d'hommes cet été au village. Certains, souvent les mêmes passaient plutôt en fin de journée pour regarder l'évolution des travaux. Beaucoup de questions sur les dimensions qu'il a fallu d'ailleurs négocier en particulier avec Gayzang, intrigués par les outils électriques et sans fil (scie circulaire, meuleuse, perfo), par la réalisation du gabion et interrogatifs sur son utilité, et par la fonction de la cunette ; la pose du regard avec une canalisation souterraine a également beaucoup surpris. Les femmes sont également passées à leur tour et plutôt bienveillantes, Pedma toujours très attentionnée en particulier lorsque Gérard a été malade et alité les derniers jours. Un certain nombre de moines de Phuktal, de Bardan et de Muné ont séjourné à Ichar, et ils en ont profité pour faire aussi leurs petites visites. En dehors des horsemen et de Chotak le menuisier (homme extraordinaire de disponibilité, de gentillesse et de savoir-faire) dont nous avons supposé qu'ils étaient rémunérés au voyage ou à l'heure, beaucoup de sourires, de questions, mais pas de proposition de coups de main ! Nous n'avons peut-être pas su montrer que nous aurions eu besoin d'aide, nous n'y avons d'ailleurs pas bien réfléchi, plutôt un besoin au coup par coup ; le meilleur exemple est le coup de main que vous nous avez donné lors de votre passage à Ichar, un super bon moment de partage qui nous a fait du bien ! Le moment très fort en terme de participation reste le portage des matériaux cité plus haut sur une demande de Gérard, et l'aide apportée par trois personnes (un horseman, Dorjay, collègue de Gayzang, et un moine de Phuktal) les trois derniers jours aux côtés de Chotak et de moi-même pour poser les pannes, poser et fixer les tôles sur la galerie, réaliser la cunette ou pour casser les énormes cailloux à la masse pour finir le gabion. 140 à 150 sacs de paille ont été également fournis par les familles d'Ichar, une étape fort sympathique où les villageois, villageoises arrivaient avec chacun, chacune 5 ou 6 sacs de paille sur le dos, un jeune népalais équilibrait les sacs et Chotak les cousait, tandis que nous les installions avec les scouts sur un isolant posé sur les talus (tallus ? Prononcés tallous).

Les ouvriers népalais : 15 à notre arrivée. Très actifs lors du démontage de la galerie, puis bien difficile de distribuer le travail, des tâches adaptées à la compréhension, aux compétences et aux capacités physiques de chacun. Nous nous sommes séparés de 4 ouvriers le 8 juillet ; difficile de comprendre leur nonchalance par moments voire une volonté de ne rien faire ou de rien comprendre ou de ne pas supporter nos demandes... D'autant plus difficile de comprendre car nous les avons retrouvés sur deux autres chantiers à Ichar avec des conditions de travail autrement plus difficiles. Notre arrivée remettait quelque part en cause la place de chef d'équipe de Doujoumanla. Cela aura toujours été très difficile de faire la part des choses entre le problème de la langue et donc nos problèmes de communication et régulièrement d'incompréhension, la difficulté à avoir un chef de chantier qui ne soit pas népalais d'où des résistances, des simulations d'incompréhension de la demande ou de la consigne, la part de la fatigue (terre et cailloux déplacés à la pelle ou au sac ; béton remué à la main et transporté dans des bassines, entre 25 et 30 M3 ; graviers en sac sur le dos trié au-dessus du chantier représentant un bon 100 m de dénivelé...), l'envie de chercher à s'économiser. Bref, une position pour nous pas facile à tenir tous les jours : distribuer le travail de façon équitable, aller rechercher ceux qui disparaissent du chantier, les pauses multiples... Et je crois la chose la plus difficile pour Gérard et donc pour la bonne conduite du chantier, pas de maçon dans l'équipe au sens où nous pouvons l'entendre en France, alors que nous étions partis sur une base de 4 maçons et 6 ouvriers. Ce qui demandait beaucoup de consignes à donner, beaucoup de surveillance car dès que nous avions le dos tourné les vieilles habitudes revenaient au galop (proportions ciment, gravier, eau ; briques posées à sec ; pause...). Avec 6 euros par jour, difficile de savoir aussi ce que nous pouvions demander et jusqu'où pouvaient aller nos exigences ; Jean-François Chanteux de Niyamdu Dro nous précisant lors de son passage que nous pouvions être exigeants au vu du salaire !? Nous avons dû avoir recours à deux maçons du village du 12 au 21 juillet pour tenir notre calendrier. Le 19, 2 ouvriers ont disparu pour 2 jours dont le chef d'équipe sans que l'on sache réellement pourquoi. L'un a évoqué la mort de sa maman et son retour au Népal sauf que je l'ai retrouvé le surlendemain sur un autre chantier, et le chef d'équipe donnait des conseils sur un autre chantier... 2 autres ouvriers népalais se sont présentés sur le chantier le même jour, mais nous n'avons pas voulu ; avaient-ils organisé un échange entre eux ? Situation bien compliquée et éprouvante, le plus difficile sans doute pour nous... Au village, il faut faire tout et partout et en 4 mois, on peut donc comprendre que chacun essaie de profiter au mieux de la présence d'équipes d'ouvriers népalais au sein du village. A ce sujet, nous avons constaté aussi que beaucoup de choses avaient dû se décider collectivement... et sans aucun doute sans nous... On sent bien que certaines choses, modes de fonctionnement nous ont échappé, ce qui nous a conduit par moment à nous interroger sur l'honnêteté ou l'intégrité de certains... Curieusement, celui qui était venu débaucher notre chef d'équipe sur 2 jours était le premier à venir nous aider à porter les pannes depuis le pont lorsque Gérard a demandé un coup de main !? Si pour Gérard la place de chef de chantier s'imposait, la seule position possible pour moi était de montrer, de faire avec, de faire ensemble ; déconcertés, interrogatifs au départ en me voyant porter les briques, les cailloux, prendre la pelle ou la pioche, et peut-être quelque part avoir l'impression que je prenais leur travail, puis sur les consignes de Doujoumanla, chacun s'est mis au travail à mes côtés... Un seul accident du travail est à déplorer : finalement nous avons descendu à l'hôpital à Padum l'ouvrier népalais qui s'était enfoncé profondément un clou dans le talon ; hôpital où finalement il a été très bien soigné (traitement médicamenteux, gammaglobulines et vaccination antitétanique), à tel point qu'en sortant de l'hôpital il m'a demandé de lui racheter une paire de gants de travail...

Nos interlocuteurs locaux de Tokspo Ichar, Gayzang, Nayan, Chotak, Rabgay, Lobzang : dans cette organisation qui semblait collégiale, il est resté assez difficile de comprendre si nous avions un ou plusieurs interlocuteurs-décideurs, d'autant plus complexe que nous étions en mission pour Tokspo en France avec un plan de travail que nous avions défini ensemble et dans le cadre d'une enveloppe à tenir. Gayzang s'est montré le plus disponible et le plus actif, posant beaucoup de questions, sans doute le plus entendu de tous et également par les ouvriers népalais quand il fallait recadrer lors de ses passages en fin de journée. En son absence à la journée ou sur plusieurs jours dont une absence de 10 jours, Nayan prenait le relais ; accueillant, aimable, très poli, attentif dans sa fonction de président de l'association, mais plus discret, ne semblant pas pouvoir prendre de décision. Rabgay avait été nommé par le collectif pour être présent sur le chantier, faire le lien entre les membres de l'association locale, nous deux et les ouvriers népalais. Présent dès l'ouverture du chantier à 7H00, directif dans les consignes, puis il disparaissait pour revenir en général en seconde partie d'après-midi ; les choses se sont ainsi déroulées jusqu'au 19 juillet, date à laquelle nous n'avons pas compris ni le départ d'un ouvrier népalais et du chef d'équipe, ni l'arrivée de 2 nouveaux ouvriers népalais dont nous ne voulions pas. Nous n'avons jamais compris si Rabgay avait organisé ce projet d'échange. Ce différend a sans doute été la cause de son absence sur le chantier à partir de cette date ; Chotak qui se limitait à ses tâches de menuisier jusque là s'est alors fortement investi dans le suivi du chantier pour faire le lien... A la liste de ces personnes ressources, j'ajouterai Dorjay, instituteur et collègue de Gayzang, très présent, très disponible pour nos problèmes de communication internet, et pour faire le lien auprès de nos autres interlocuteurs quand Gayzang était absent, et il a donné un bon coup de main les derniers jours. Lors de notre départ, tous étaient présents : Gayzang, Nayan, Chotak, le horseman qui s'était lui aussi bien investi, et Rabgay qui est venu nous retrouver sur place à Padum.

La participation de nos amis scouts : l'arrivée des 8 jeunes femmes scouts a vraiment été la bienvenue, le 24 juillet si je me souviens bien ; soit 2 semaines et demie pendant notre séjour. Vraiment très sympathiques, elles ont participé à la réalisation du gabion à raison de 2H30 par jour de 9H30 à 12H00, l'après-midi étant réservé à leur intervention à l'école. 2 ou 3 d'entre elles ont également réalisé la pose des gaines électriques avec Gérard, puis avec Chotak et moi la préparation des talus (tallus ?) pour le plafond de la galerie et la pose des sacs de paille pour son isolation. A leur demande, nous sommes devenus tonton Gérard et tonton Philippe. Leur jeunesse nous a fait beaucoup de bien, même si ça papotait dur ! Le petit trek aller-retour Phuktal a également été un très bon moment plein d'énergie et de joie. En résumé, des jeunes femmes pleines de bonne énergie, de volonté et de grande gentillesse. Nous nous sommes séparés à Delhi où elles devaient séjourner 1 ou 2 jours. Le second groupe de scouts composé de 2 jeunes femmes et d'un jeune homme est arrivé le 6 août, 4 jours avant notre départ ; le jeune homme a attaqué très fort avec moi sur le toit de la galerie pour assembler chevrons et tasseaux, trop fort ; les trois ont été rapidement atteints par le mal des montagnes. Mais sans petit matériel électrique en leur possession comme tu nous l'avais annoncé. L'installation électrique reste donc à terminer ; Gérard a prévu prises et va et vient.

Accueil au sein de la famille, du village : nous avons été très bien accueillis et reçus dans la famille de Gayzang, Pedma, Daesal, Jigtal, Dolkar, Rabgay, Dolma, je pense comme dans notre propre famille, partageant la pièce commune à toute heure, avec une maison aux portes ouvertes aux voisins, amis, cousins, trekkeurs, avec toujours un ou plusieurs verres de thé, et riz et/ou soupe si les personnes étaient toujours présentes au moment du repas. Difficile pour Pedma de tout assurer en particulier quand Gayzang s'absentait ou lorsqu'il fallait passer la journée aux champs ou aller à son tour garder les moutons et les chèvres, s'occuper de la maison, des enfants, des bêtes, des repas et de nous deux ; mais toujours le sourire, un thé ou plusieurs offerts, l'eau bouillie préparée dans les gourdes, toujours bienveillante, demandant à sa belle-maman Dolma de s'occuper de nous lors de ces 4 ou 5 jours d'absence dont une visite à sa maman pour laquelle elle nous avait même demandé l'autorisation de s'absenter, c'est dire... Nous avons bénéficié d'une chambre à deux et Pedma venait y faire le ménage et le rangement une fois par semaine. On peut dire que nous avons partagé tous les moments de la vie de famille pendant 6 semaines, sans doute pas facile pour eux pour trouver des moments d'intimité. Gayzang est toujours resté attentif à nos demandes, il rapportait toujours un ou deux petits extras lors de ses voyages à Padum (bananes, pommes, abricots...) et quelques produits frais (des œufs par exemple), cadeaux pour les enfants, bonbons... A la longue, nous avons eu beaucoup de mal avec les habitudes alimentaires à base de riz, de salade cuite, de quelques petits pois, de momos le soir ou autres spécialités à base de pâte. Je pense que Pedma a essayé de faire pour le mieux avec ce qu'elle avait. En fin de séjour, une petite soupe aux pâtes toute prête est venue remplacer régulièrement le riz, mais des haricots secs ont été les bienvenus. Difficile pour nous pour ne pas blesser et d'oser dire par exemple que l'on préférait le riz nature, voire pour proposer de l'argent à Gayzang afin d'améliorer l'ordinaire (ce qui a cependant été fait pour les bananes ou les bières). Une alimentation nécessairement bien plus pauvre et bien moins variée, ce que nous pouvions comprendre, mais surtout qui s'est révélée insuffisante ou inadaptée au regard des efforts fournis en altitude à nous occidentaux habitués à des repas très variés et copieux. L'hygiène est aussi un problème... à la longue, même si l'on sent que des efforts ont été faits à l'occasion de notre venue et de notre séjour ; la venue d'Yves-Marie a été l'occasion d'un grand rangement et ménage par exemple, mais nous faisons nous aussi la même chose lorsqu'une visite s'annonce... Il faudrait pouvoir remettre les choses dans leur contexte ; les Icharpas et Icharmas vivent dans des conditions très difficiles (altitude, climat), et éloignés de tout, ils mènent une vie rurale de tout petits paysans avec les travaux des champs et l'élevage d'animaux qui habitent la maison qui est faite en terre, le devenir des hommes et des bêtes restant étroitement lié... Alors s'agit-il plus d'un problème d'adaptation de leur part ou d'inadaptation de notre part ? Il y a sans doute un juste milieu à apprendre à trouver de part et d'autre. Je garde la gentillesse voire la bienveillance, l'attention pour ne pas blesser, la disponibilité, le sourire, un art de vivre très simplement ou beaucoup est partagé dans un environnement très hostile, la satisfaction du peu, la communauté de vie, la vie en communauté.
Le très bon accueil au sein de la communauté villageoise est aussi à noter : invitation pour la cérémonie d'anniversaire du Dalaï Lama, 2 fêtes à l'occasion du passage d'Yves-Marie, invitation chez Nayan, Dorjay et Chotak (dernière invitation que nous n'avons pas pu honorer), et pour un mariage !
Rabgay, le grand-père, est tombé de cheval la veille de notre départ, cette chute entraînant une grande et mauvaise ouverture sur le crâne et sans doute des côtes cassées ; Rabgay, et Dolma qui l'accompagnait pour se rendre à l'hôpital, étaient donc de notre voyage jusqu'à Padum le jour de notre départ où nos adieux ont été bien difficiles et émouvants, Gayzang n'oubliant pas à cette occasion de me remettre un reçu pour les 266 700 roupies apportées pour financer une partie des travaux.

Un mot à propos des trois petites machines portatives fournies par Gérard avec 4 chargeurs qui se sont révélées on ne peut plus utiles, indispensables ; je ne sais pas ce que l'on aurait pu faire sans... Rien dans le cadre d'un projet en béton armé... Le passage en douane aux aéroports a été un peu folklorique mais cela restera de bons souvenirs... Recharger les batteries s'est révélé très pratique dans la grande salle de Tokspo et grâce à l'énergie solaire !

Les personnes de passage : nous avons eu plusieurs visites sur le chantier, tout d'abord celle de Pierre Odier qui est venu à plusieurs reprises sur 2 ou 3 jours (lequel m'a invité par la suite à venir découvrir son chantier près de Padum, chantier également suivi par Amandine Lepers) ; celle de Jean-François Chanteux à deux reprises, accompagné de petits groupes ; celle d'Américains et de Japonais qui ont séjourné au village.

La liaison satellite de Toskpo : impossible de se mettre sur Orange, mais pas de problème sur l'adresse Yahoo de Gérard, ce qui nous a permis de bien communiquer et très régulièrement avec nos familles. Très belle initiative ; j'en reparlerai plus bas à propos des pistes d'amélioration possibles...


Cette première expérience de chantier et ce séjour nous ont conduits à nous interroger et à nous dire que certains points mériteraient d'être échangés avec toi :

-Approvisionnement : pour la suite du chantier, nous avons aujourd'hui tous les éléments pour identifier les besoins pour que la seconde étape du chantier soit réalisée dans de bonnes conditions, ces besoins peuvent être transmis assez tôt au printemps aux interlocuteurs locaux de Tokspo afin que tout soit sur place pour le début du chantier ; on peut également calculer les besoins en briques ciment et de terre...
-"Sélection" des ouvriers à Padum : plusieurs habitants de passage au chantier et notamment intéressés par de la main d'œuvre nous ont clairement dit que notre équipe laissait à désirer... Comment faire pour disposer d'une main-d’œuvre suffisamment qualifiée, au moins 2 maçons par exemple sur une équipe plus restreinte ? On peut imaginer une équipe qui vient dès début juin pour fabriquer les briques, puis une partie de cette équipe qui passe sur un autre chantier au village en juillet par exemple...
- Préciser les fonctions de chacun, améliorer les modes de communication entre les différents interlocuteurs, et interlocuteur local présent sur le chantier : l'idéal serait sans doute d'avoir un interlocuteur local en permanence sur place en situation de travail, c'est à dire qui donne la main également pour la réalisation des travaux.
- Repas, alimentation adaptée : au vu de l'expérience, il paraît nécessaire d'améliorer les repas, mais en faisant en sorte de ne pas blesser la famille de Gayzang et Pedma. Faut-il imaginer une participation financière supérieure pour l'alimentation ? Faire un approvisionnement en alimentation plus adaptée dès l'arrivée à Padum ? Personnellement, il me semble qu'il faut trouver une solution mais sans blesser, et sans se couper de la vie de famille et du village...
- Etat de présence des ouvriers : Amandine Lepers est passée à Ichar sur 3 jours (arrivée en soirée le premier jour et partie le surlendemain matin), nous avons pu longuement échanger sur le projet, sur les projets dans lesquels elle était engagée. Nous lui avons fait part de nos difficultés et elle a nous dit comment elle pratiquait ; elle est en particulier très rigoureuse sur la présence des ouvriers (état de présence chaque matin), sur leur investissement au travail et sur leur savoir-faire. Elle nous a notamment dit qu'elle avait fait abattre un mur qu'elle avait jugé mal fait. La construction en mur doublé (briques ciment, vide d'air et briques de terre), la conception de la toiture de la galerie, le gabion cunette) sont le fruit de nos réflexions partagées avec Amandine. Les expériences apportées par Jean-François Chanteux et Pierre Odier montrent que nous avons fait aussi du "social" avec l'équipe des ouvriers népalais... Faut-il s'en réjouir au vu des objectifs atteints ? Peut-on trouver un compromis ?
- Collaboration entre projets : la rencontre avec Amandine Lepers, Jean-François Chanteux de Niyamdu Dro, Pierre Odier, la visite des Japonais, la rencontre avec le représentant d'une association hongroise, d'une autre association française, avec la fondation Föllmi à Phuktal, les informations que nous avons eues à propos de l'intervention des Suisses, montrent qu'il n'y a pas de concertation organisée ni par l'administration locale à Padum par exemple, ni par les associations entre elles. Au vu de mon expérience associative de plus de 40 ans, je me dis que ce serait aujourd'hui nécessaire et intelligent.
- Suite du projet / durée du chantier, projet de trek suivi d'une action travaux, protection des chutes de pierres, entretien bâtiment et environnement : l'étape principale a été réalisée en 6 semaines et demie ; sous réserve de l'avis de Gérard, avec un approvisionnement bien fait, en 4 semaines ce devrait être bouclé ! Lors de ton premier passage, au vu de l'enthousiasme des jeunes à participer aux travaux, tu pensais éventuellement à un projet de trek qui pourrait comprendre une étape à Ichar avec une participation ciblée ? Il pourrait également y avoir des actions courtes visant l'entretien des bâtiments existants (vitres à changer, fissures à combler...), ou l'aménagement de l'environnement (terrasse par exemple, nettoyage des abords...). Avec Gérard, nous avons également vu les dégâts causés sur les bâtiments en terre par les chutes de pierres ; il serait intéressant de réfléchir à la pause de grillages contre les chutes de pierres qui auraient le mérite de protéger les enfants aux alentours de l'hostel (il reste notamment 3 rouleaux et demi de grillage ; vendus pour une longueur de 5 mètres pour près de 8 en réalité !).
- Installation internet : à chaque entrée du village, une information permet de voir que l'on peut s'arrêter à Ichar, et que l'on pourra communiquer par internet ; c'est intéressant notamment pour donner des nouvelles à ses proches... Reste que l'accueil n'est pas organisé en conséquence. On ne sait pas toujours qui dispose de la clé de la salle Tokspo, tout est basé sur la confiance, un certain nombre de trekkeurs font dans l'économie (le moins de dépenses possibles), et on ne sait pas officiellement vers qui se tourner... Et je me dis qu'une telle installation dans une région si difficile et si éloignée mériterait une meilleure utilisation qui passe par une organisation adaptée, pour les habitants d'une part comme pour les personnes de passage. Certains sont très performants du point de vue informatique, je pense à Dorjay par exemple ou à Gayzang mais qui n'a pas le temps...

Voilà cher Yves-Marie un compte-rendu qui fait un peu littérature et que tu vas sans doute trouver bien long, mais il a aussi le mérite de m'aider à faire un point personnel.

Philippe